Les illustrations de Sandra Chapdelaine 


ou ma réalité cotoie allègrement mon imaginaire

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La première femme d'Adam

Publié le 3 septembre 2018 à 15:05

J'adore les livres, ils sont une source inépuisable d'inspiration. Et, parfois, il y a un pan de lumière qui se fait sur quelque zone laissée obscure par un autre folklore. Certaines légendes présentent Lilith comme la première femme d'Adam qui s'est rebellée contre Dieu. J'affectionne particulièrement cette légende que je vais vous partager. Une légende qui présente la femme originelle comme l'égale de l'homme... Non comme un sous produit de sa côte. (pis, en passant, c'est dégueu comme concept. Je sais pas quel tordu a pensé a ca en premier... ) J'ai une affection particulière avec cette légende. Elle est belle... 


La Sainte Lucie est une fête importante de Suède. Fêtée en décembre, elle symbolise le retour de la lumière lors des jours les plus sombres de l'année... En quelque sorte, une déesse mère du soleil.  Je vous retranscrit le conte tel que je l'ai sous les yeux, venant de mon livre de contes traditionnels de Scandinavie. 


LA PREMIERE FEMME D'ADAM


Elle s'appelait Lucie, elle était belle comme le jour et Adam, son mari, en était fou amoureux. Il ne se lassait pas de la regarder.


-Sans toi, ma vie serait sombre, lui disait-il, les yeux dans les yeux, tu m'illumines. 


Il passait son temps à l'embrasser, à l'aimer, et les enfants, bien sûr, suivaient en ribambelles. Adam riait de les voir. Il en voulait toujours davantage. Il disait que chaque enfant nouveau était une fleur unique ajoutée au bouqueut de leur amour.


Lucie était comblée d'être si bien aimée. Elle s'amusait à classer ses enfants selon leur qualités, leur fantaisie, leurs dons, leur beauté. Elle inventait des familles et, chaque fois qu'il lui venait un nouveau petit, elle disait: 


-Toi tu as la légèreté des elfes, tu vivras avec eux... et toi, vif comme un ondin, Je le sentais déjà quand tu étais dans mon sein... Oh, cette moue que tu as là; toi, tu es troll, je le vois... 


Et elle continuait. Le sérieux faisait les tomtes, la susceptibilité les lutins, la tranquillité les vittrors. 


Dieu, qui avait mis les parents ensembles, aurait dû être content d'une telle entente. Eh bien non! Dieu n'aime pas quand les choses vont trop bien, Il s'ennuie. C'est un peu comme s'il devenait inutile, soudain. Il aime mettre son grain de sel, quitte à semer la zizanie. Une manie de vieux savant qui cherche les expériences à tout prix. 


"Au rythme où ils y vont, ces deux là, pensait-il, la place ne tardera pas à manquer sur la terre."


Il était très embarassé. Il ne savait pas s'il devait intervenir ou laisser faire. En laissant faire, il obligeait ses créatres à trouver des solutions très vites. Trop vite, craignait-il. C'était prématuré. Mais d'un autre côté les obliger déjà à ralentir la croissance ne lui plaisait qu'à moitié. L'humanité était encore bien jeune pour freiner son enthousiasme. 


  Tout bien pesé, il décida d'interveniret, sans attendre, modifia le plan de sa Création.


"Je veux des hommes ingénieux, capable d'affronter les obstacles, de les réduire. Je les aime trop pour me satisfaire de ces générations dorlotées par leur mère, élevées au lait sucré de tourtereaux! Le prototype est bon, mais il faut l'asticoter!"


Dieu s'était éclaircit les idées en songeant. Alors, il fit tomber une nuée sur Adam et, pendant que le père des hommes dormait profondément, il vint s'asseoir à côté de Lucie pour discuter. 


-Tes enfants sont trop doux et trop beaux, ma chérie! Trop confits dans l'amour de mon grand nigaud. Cela n'arrange aps mes affaires. Alors voilà! Toi et ta marmaille, vous allez quitter la scène et disparaitre dans les coulisses, le temps que mon théâtre s'anime un peu. 


Quitter Adam! Lucie aussitôt pique du nez et se mit à pleurer. De gros sanglots qui firent regretter à Dieu de s'y être pris comme un sot. 


-Ne fait pas cette tête là, allons! Je ne vous élimine pas, je vous garde en réserve. Vous reviendrez c'est promis. Quand le rideau se lèvera pour le final. Alors vous servirez d'escorte à mes soleils. D'ici là, grandissez en secret, profitez, vivez comme bon vous semble, mais cachés. 


Lucie était docile, Elle se moucha le nez, sourit en reniflant et s'empressa de répartir sa famille sur la terre, en la dissimulant. 


C'est ainsi que les sirènes et les ondins furent installés dans les lacs et les étangs; les elfes dans l'eau vive des torrents. Les trolls, qui étaient les plus forts, recurent les montagnes, les crevassesm les rochers. Les prés et les bosquets devinrent propriété des vittror; les tomtes et les lutins emménageraientbientôt dans les maisons, dans les fermes. Quand à ceuxqu'elle appelait son "petit peuple", Lucie leur proposa de se nicher sous la terre et y organiser une vie d'en bas, sédentaire. 


Ce grand déménagement ne dura qu'un instant et Dieu, seul avec son Adam, profita qu'il dormait toujours pour organiser la suite de sa Création. Il lui préleva une côte et, dans cette côte, lui sculpta une compagne mieux adaptée à ses projets. Ainsi naquit Eve, seconde femme d'Adam. Elle était aussi délurée et bouillante que Lucie était éblouissante. Gaffeuse, un peu; aventureuse, énormément. Elle ne tarda pas d'ailleurs à se frotter au Serpent, et Dieu s'en réjouit. Grâce à leur rencontre, en effet, les choses entre les hommes allaient pouvoir enfin se compliquer. Le Bien et le Mal se cotoyer, se stimuler. Le Bien, montrer au Mal qu'il existait un autre chemin et le Mal, provoquer le Bien pour mieux le convaincre de rester fidèle au sien


De nouveaux enfants vinrent au monde. Inattendus, turbulents, ils donnèrent du fil à retordre à leur père. 


Le temps avait bien changé sur la terre. Il ne faisait plus aussi beau. Et à mesure que l'année s'écoulait, l'obscurité gagnait. La nuit, au cours de la dernière lunaison, semblait vouloir dévorer le monde, comme si le Serpent resserrait ses anneaux sur la Création. Pendant ces jours sombres, Adam devenait mélancolique. Sa Lucie lui manquait. Alors, il se tournait vers le ciel et l'implorait. Il lui chantait ses refrains d'amour, du temps où ils étaient amants. Il allumait des feux pour raviver l'éclat de leur passion et attendait sous le ciel, pendant des heures, en espérant un murmure à l'unission. 


Lucie, toujours, lui répondait. Elle apportait un graind e lumière, pas plus, et la nuit reculait d'un saut de puce. Puis, elle recommencait le lendemain, avec un nouveau grain, et ainsi, chaque nuit, pour hâter le matin. Adam était heureux. 


Lorsqu'il mourut, ses enfants, qui l'avaient vu si souvent implorer, poursuivirent à sa manière lorsque la grande nuit revenait. Ils fêtèrent Lucie, eux aussi, en chantant, en allumant des feux, des lanternesm des bougies. Et aujourd'hui toujorus, quand l'obscurit. s'apprête à engloutir la terre, ils entonnent leur chants d'amour et déroulent leurs chemins de lumière, en l,honneur de Lucie. Et Lucie, par fidélité à son Adam, exauce ses enfants. Elle paraît, légère dans sa robe de fête, furtive, et aussitôt le grand Serpent recule. 


" Ayez confiance, dit-elle. Prenez patience. Je susi là, je veille. Nos deux Familles, un jour, se verront réunies. Enfants d'Eve et enfants de Lucie"

Catégories : billet du mois , Légendes

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